Quel avenir pour le master CS ?

Depuis 2009, Elsa Poupardin est responsable du master Communication Scientifique de l’Université de Strasbourg. Aujourd’hui, la formation arrive à une période de changement. “L’oeil du Cyclope », toujours à l’affût, a voulu en savoir davantage.

Des changements sont à venir pour le master Communication Scientifique de Strasbourg

Cyclope : Le master Communication Scientifique de l’Université de Strasbourg a été créé en 1993. Quel était l’objectif de départ de cette formation ?

Elsa Poupardin : Je n’étais pas là à la création du DESS [Ndlr : Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées] en 1993, cependant une des références constantes du créateur de ce master, Baudouin Jurdant, est le livre de Charles Percy Snow, Les deux cultures. Je pense qu’à ses yeux la Culture, dans tous les sens du terme, est la chose la plus importante à partager, à enrichir. D’une certaine manière cela a toujours été l’objectif de ce master, faire en sorte, qu’à un certain niveau, les cultures se parlent et se métissent.

Comment la formation a-t-elle évolué ?

La formation était à l’origine petite, en taille et en durée. Elle « survivait », entité de sciences humaines dans une Université entièrement consacrée aux sciences dites dures (Université Louis Pasteur). Elle a dû évoluer, surtout que les changements institutionnels (réforme LMD, fusion des universités etc.) se sont succédés sans arrêt.

Au temps du DESS, le recrutement était ultra sélectif (200 candidats pour 20 places). Les entretiens de sélection prenaient une semaine entière et les profils étaient très variés. Après la réforme LMD, les promos sont devenus plus petites (15 en moyenne) et le nombre de candidats a décru (60 demandes en M1 pour 12 places – hors Campus France). Il y a toujours eu plus de filles que de garçons dans les promos, mais le déséquilibre s’est « aggravé » avec le passage au Master.

Le Master n’était plus le seul de son espèce et le bassin de recrutement des étudiants a peu à peu changé. Dans les premières promotions du DESS une grande partie des étudiants avaient fait une thèse ou un autre DESS en STM [Ndlr : Science-Technique-Médical, par opposition aux Sciences Humaines et Sociales]. La formation durait moins d’un an. Aujourd’hui, comme il s’agit de s’engager pour deux années, les postulants à l’entrée en M1 ont plus souvent un niveau master 1 ou une licence.

Quel bilan faîtes-vous de vos années en tant que responsable du master CS ?

C’est difficile d’avoir du recul. Je suis contente d’avoir poursuivi certains projets d’Éric Heilmann : le séminaire franco-allemand, « Ni vu Ni connu ». Et aussi d’avoir lancé d’autres cours : la radio ou le magazine LGP [Ndlr : Le grand public, magazine de médiation scientifique]. Je suis aussi satisfaite parce que le master a conservé sa capacité à former des professionnels qui s’insèrent bien sur le marché du travail.

J’ai par contre commis des erreurs. Par exemple, lors du dernier changement de maquette, je voulais que la formation contienne beaucoup plus de cours sur le numérique. Avec Philippe Chavot, nous avions donc eu l’idée de deux parcours pour le Master : l’un tourné vers la communication « classique », l’autre vers les « nouveaux dispositifs de médiation ».

J’ai réalisé trop tard que nous n’avions pas les compétences en interne. Nous sommes peu nombreux à l’Unistra et les enseignants d’autres disciplines, qui avaient les connaissances que je cherchais, étaient déjà complètement surchargés de cours. Les mutualisations étaient trop compliquées et je ne pouvais pas dépasser un certain nombre d’intervenants extérieurs.  Bref, nous n’avons ouvert qu’un parcours et nous ne nous sommes finalement pas éloignés de notre maquette précédente. Je ne veux pas faire la même erreur pour 2018 : les changements prévus doivent se réaliser !

Elsa Poupardin tient la barre du Master CS depuis 2009 : bilan, souvenirs et avenir

Un souvenir marquant de ces années au cœur du master ?

Mes souvenirs les plus marquants concernent bien sûr les événements « extra-ordinaires ». Et dans ces évènements, c’est souvent son contexte que j’ai le plus apprécié. J’ai ainsi d’excellents souvenirs des déplacements, toujours compliqués à organiser quand il s’agit d’une promo entière. Les temps d’attente dans les gares pour aller assister aux séminaires franco-allemands ou en voiture de location pour participer au festival de théâtre scientifique de Saint-Etienne, sont toujours riches de micro-événements. J’ai ainsi le souvenir de chants partagés ou de jeux pour occuper le temps. De lieux improbables (hôtel décadents, fourrière ou auberge de jeunesse) qui sont finalement l’occasion de discussions animées et de liens entre ce que nous faisons dans le master et notre vie à l’extérieur.

Je regrette vraiment d’en avoir moins fait ces dernières années (charge de famille oblige), mais ce sont finalement ces périodes où on est en suspens entre deux lieux, qui permettent les plus belles rencontres.

Le projet de fusion entre la faculté des Sciences de l’Éducation et l’ESPE sera officiel dès la rentrée 2018. Quel impact cela aura-t-il sur l’offre de formation actuelle et quel avenir peut-on envisager ?

Je ne pense pas que la fusion change beaucoup de choses pour le moment. Par contre, la réforme universitaire (mentions ainsi que sélection à l’intérieur d’une même mention), et le fait que nous soyons seulement deux enseignants en info-com nous a obligés à penser tout à fait différemment la maquette du master.

Cette formation est abritée pour l’instant sous une mention un peu fourre-tout « Education, Formation, Communication ». Ce n’est plus possible dans la nouvelle réforme. Nous devons choisir le nom de la mention dans une nomenclature précise. Faire le choix de la mention « information, communication » nous semblait le plus logique. D’une part parce que cela donne aux étudiants une mention plus cohérente avec les emplois qu’ils recherchent, d’autre part parce que cela nous permet de nous rattacher à un master qui existe (à Mulhouse). Nous n’avons pas le nombre suffisant d’enseignants pour ouvrir un M1 et un M2 entièrement consacrés à l’info com. Nous tenions les deux ans uniquement parce qu’un grand nombre d’enseignement était en sciences de l’éducation.

Bref, nous allons revenir à un format DESS. Nous n’ouvrirons qu’un Master 2, en recrutant comme auparavant des étudiants en sciences dures qui veulent se reconvertir. Ils devront au choix avoir suivi le master 1 info com de Mulhouse ou le master 1 d’épistémologie et d’histoire des science ou avoir une expérience de la communication. Le plus dur va être d’arriver à gérer des étudiants avec des parcours très différents.

Par ailleurs le master restera ouvert sur plusieurs métiers de la communication (communication institutionnelle, journalisme, édition). Nous aimerions insister toujours sur l’écriture et introduire de la programmation.

Un dernier mot à adresser à vos anciens collègues, étudiants, collaborateurs, intervenants ?

Nous sommes en train de travailler sur le contenu de la maquette (jusqu’à fin décembre). Si vous avez des idées, des propositions, des remarques concernant l’organisation et le contenu de la formation, n’hésitez pas, contactez-moi !

Héloïse HERVE & Elise PETITPEZ